Prêt à jeter (ou Comment devenir fou…)

J’ai appris le concept d’ « obsolescence programmée ».
Hier soir sur Arte, il y avait un reportage qui l’expliquait. Avec petit cours d’économie, et l’incroyable histoire de l’ampoule qui brille depuis 110 ans dans une caserne de pompiers de Livermore, une petite ville américaine. Elle a son site, son anniversaire de centenaire, et même une webcam qui la surveille (l’anecdote voudrait qu’elle ait déjà enterré 2 webcams).
Depuis ce symbole de longévité, on nous raconte l’histoire secrète du cartel des fabricants d’ampoules qui programmèrent la durée de vie des ampoules, comme on est passé du principe de « qui dure longtemps » au principe de « l’objet qui ne doit durer qu’un certain temps pour qu’on en rachète un autre». Parmi les inventeurs de cette infinie consommation, il n’y avait pas que des forcenés du libéralisme. Il y avait aussi des sincères bonhommes qui cherchaient la solution au chômage…

À cette durée de vie programmée techniquement (le récit du bas nylon est hallucinant), s’est ajoutée la fabrication de nos comportements actuels : le désir d’avoir un objet neuf (plus moderne, plus beau, plus rapide, plus tendance) avant que l’objet ne soit usé. C’est ainsi que s’inventèrent les notions de mode, de design, de collections, de saisons. C’est ainsi que les iphones devinrent 1, puis 2, puis 3, puis 4, etc…
Nous consommons, nous nous lassons, nous changeons, et nous jetons.
Là-bas, au Ghana par exemple, ils reçoivent nos déchets. Des déchets qui font tousser d’ailleurs.

C’était intéressant ce reportage. Mais c’est compliqué pour soi-même.

(j’ai pensé qu’au fond nous étions un peu comme ces objets, avec notre obsolescence intégrée, prêt-à-disparaître, prévus pour être remplacés par des plus jeunes, plus modernes)

Mon imprimante, comme celle du reportage, s’est bloquée subitement. Je sais maintenant que c’était prévu (elle contient une puce qui lui donne une durée de vie, soit 50 000 feuilles) (c’est le triste destin de l’imprimante).
Dans le reportage
, le journaliste (à qui tous les vendeurs déclarent qu’on ne peut pas la réparer et qu’il faut la changer) (ça coûte moins cher de changer que de réparer) (heureusement qu’on n’est pas tout à fait comme les objets quand même) donc il finit par découvrir un russe qui a conçu un logiciel pour faire repartir la puce à zéro. Moi, je vais changer d’imprimante. Je ne peux pas vraiment lutter contre ça et je ne parle pas le russe.

Mais qu’en est-il de ce désir sans fin du truc plus neuf… ?
Un ordinateur vieux de 5 ans nous semble une antiquité, et tout est fait pour qu’il est l’air d’une antiquité : il va moins vite, il est moins puissant, il contient moins de mémoire… Mon frigidaire âgé de 10 ans est accusé de consommer trop d’énergie en comparaison d’un modèle récent. La vieille voiture doit aller à la casse (j’ai demandé à mon frère, sa ford anglia de 1957 ne consomme pas vraiment plus d’énergie si on se base sur la vitesse moyenne à laquelle il roule, le fait qu’il n’ait pas la clim, et la simplicité des pièces quand il faut la réparer).

Coincés dans les injonctions paradoxales, nous voilà entrés de plein fouet dans la société schizophrène.
Plus je suis informée, plus je dois me remettre en question.
Plus je me remets en question, plus je constate qu’il est difficile de modifier mes habitudes.
Parce qu’elles sont bien ancrées en moi, qu’elles participent à mes plaisirs de consommatrice, et parce que le système est organisé pour que j’ai sacrément du mal à les changer.

Alors quoi ?
Dans un premier temps, je vais m’appliquer à surtout consommer des livres, de l’Art, de l’amitié et de l’amour.
Pour le reste, je vais travailler à la complexe métamorphose…