De l’aménagement de son territoire

L’intérieur de chez soi est un espace complexe. Persuadés qu’il nous reflète un peu-beaucoup, il nécessite une attention toute particulière. Certains, très doués, maîtrisent ce sens de la mise en scène et savent se mettre en valeur partout sur les murs, de la cuisine à la salle de bain.
Moi, il m’a fallu du temps pour que ces dedans traversés (entendre les différents appartements loués-quittés) aient l’air de quelque chose.
Dans ma tête, des tas d’idées. Voire grandioses les idées. Mais le passage à l’acte m’était difficile. Un peu de flemme, pas trop d’argent donc une restriction budgétaire (ma priorité allait aux chaussures) (aucun problème de passage à l’acte d’achat pour les chaussures, d’ailleurs) (c’est mystérieux tout de même…), la sensation qu’une location ne méritait pas un total investissement, parfois une traduction inconsciente du fait que je n’étais pas au bon endroit (comprendre avec la bonne personne), un espace réduit avec toujours un truc moche qui limitait les fantasmes (par exemple une vilaine moquette grise pourrie comme on en trouvait souvent dans les T2 loués pas cher). Bref, j’aimais ça, ça me ressemblait un peu au milieu des diverses récup’, mais j’étais bien loin de moi-même…

Aujourd’hui, toujours en location, et toujours freinée par ma rigueur budgétaire personnelle (j’ai un petit fillon qui ne me lâche pas les baskets – sauf quand il se barre en vacances en Égypte, il m’emmène pas, il me laisse dans mon sens des responsabilités toute seule avec la crise), toujours limitée par un espace conforme au loyer (c’est-à-dire que j’ai pas des voooolumes incroooooyables), j’apprends peu à peu à oser aller au bout de mes idées.
Peu à peu.
Je suis comme ça, une fille qui fait les choses Peu à Peu. Y’en a qui pétaradent, qui démarrent sur les chapeaux de roue, moi pas.

Donc, pourquoi tout ça ?
Parce qu’avec ce canapé (tombé du ciel en quelque sorte, fruit d’un trafic de sofas promptement organisé par une fortiche de la déco maison) qui trône au milieu de mon salon, ma déco autour, j’ai l’impression d’avoir franchi un cap.
Cet appartement a un air de joyeux bordel mixé à ma sauce, c’est serein (mais ni zen, ni fengshui) et je crois qu’on dirait moi…

L’aménagement d’un territoire, en particulier le sien, est donc une longue aventure…

Parfois en repeignant des murs, c’est soi qu’on remet en couleurs ; en accrochant des images, c’est soi qu’on distingue au milieu des cadres ikéa ; en changeant son canapé, c’est ses fesses qu’on déplace ; en bougeant un meuble, on modifie sa ligne d’horizon.

Il s’agit de l’esthétisme de soi (et ça doit avoir un rapport avec l’estime de soi…) (mais ceci est une autre histoire)