Du calme, de la fureur, du citoyen, de la rumeur…

Voilà que j’aime ma rue. Disons, de jour, je commence à l’aimer de plus en plus. La nuit, cela reste un espace façon jungle avec meuglements et barrissements en tout genre (quoi, y’a pas de vaches dans la jungle ? Ben, si, dans celle-là, y’a à la fois des vaches et des boeufs, des hyènes et des éléphants, et d’autres espèces particulièrement bruyantes que je n’identifie pas encore tout à fait) (j’ai une piste quand même…) (ça aurait un rapport avec un lâcher de jeunes qui se croient aux fêtes de Bayonne) (mais peut-être aussi un troupeau de soldats en permission) (ou les deux dans le même corps) (bref, un truc qui gueule)

Mais le jour, comme là, il y a le petit vendeur de milk-shake qui est un vrai musicien et qui répète au fond du magasin. Guitare, un peu classique, c’est joli ce son qui sort dans la rue et qui passe par ma fenêtre.
Y’ aussi des gens qui s’engagent… Florence, elle s’appelle, et elle tient une boutique de thés-cafés option équitable. Sauf que l’équitable, elle le vit vraiment. Elle est globalement la seule commerçante du quartier qui se bat pour que le Centre-médico-social qui doit s’installer dans la rue puisse le faire. Pour les autres, il s’agit d’empêcher que des hordes de toxicos ne viennent squatter devant, d’éviter que nous marchions sur les seringues, etc…
Vivre ensemble est complexe, n’est-ce pas ? Donc, dans ma rue, je rencontre aussi des gens qui sont solidaires et fraternels, qui n’ont pas peur de la misère (elle est là sous nos yeux) (en ville tu vois tout ça de près) (en tout cas dans notre quartier, parce que vers le Triangle d’or tu la vois moins, forcément) (tu vois l’autre côté de la barrière : les grosses voitures, les sacs à 1200 €, les formules du midi à 39 €, les rues nickel et les femmes blondes et parfaites-refaites).

Ma voisine m’a dit : « Les problèmes ils sont là. Et ce ne sont pas les tentatives pour les résoudre qui les créent… »

Ah tiens, ça me fait penser à Luc Ferry. Peut-être que c’est ça qu’il a voulu faire, tenter de résoudre un problème, les pieds dans le plat certes et avec maladresse a priori, mais je ne crois pas que ça soit lui le problème… Les politiques pourront dire ce qu’ils veulent, présomption de machin et acharnement de trucs, si tout ça est merdeux, c’est de leur responsabilité.
La dignité qui manque vient d’abord d’eux-mêmes, si les citoyens sont prêts à se nourrir de rumeurs c’est qu’on les a bien préparés à s’y engouffrer, si on ne sait plus qui croire et que ça finit en un Tous pourris qui ira bien à Marine c’est qu’ils ont manqué depuis longtemps d’honnêteté et qu’ils ont perdu le sens de leur mission première.

(c’est pas le moment de flancher, camarades, on a du pain sur la planche, parce que je crois qu’il va falloir faire le boulot nous-mêmes…)