Hortense, les mortes et la bibliothèque

Publication : Une Chambre à écrire, éditions L’ire des Marges. Textes à lire et promenades à faire : Qui est Hortense ? Que font les mortes ? Comment vont les femmes ?


Dans le livre Une chambre à écrire, sont rassemblés les textes issus de cette expérience littéraire et urbaine : invitées, Michèle Lesbre, Juliette Mézenc et Dominique Sigaud ont vécu une semaine chacune dans la même chambre, et ont arpenté un même chemin dans la ville de Bordeaux. Quatrième auteure du projet (à la place de l’hôte) ce sont ces parcours (conçus avec Sophie Robin) que je raconte.
Il s’agit de déambulations comme j’ai pû en écrire déjà, ma façon de regarder la ville, et sans doute de la vivre.
Vous pouvez vous procurer le livre chez les libraires ou par le site de la maison d’édition L’ire des marges.

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Extraits de mon texte. Il reprend le découpage des trois promenades
(Si vous avez envie de faire l’expérience, vous trouverez en bas de page le pdf du parcours précis qu’elles ont eu à suivre.)

– OÙ EST HORTENSE ?
« Il me faudrait un de ces points de vue individuels portatifs.
J’ai vu ça dans un musée-mucem, des artistes qui le proposaient, une sorte de chevalet en bois à installer devant ses yeux pour faire point de vue. Ce que je ne sais pas, c’est : est-ce qu’on le pose au hasard du paysage, c’est-à-dire, est-ce qu’on pose son point de vue comme ça nous prend, et hop ! On regarde ? Ou alors, est-ce qu’on devine ce qui mérite le coup d’œil, on cible, trou de serrure, zoom sur le lointain, on s’attarde…
Quand je me promène, quelque que soit la situation, train, vélo, ou à pied, mon œil exercé. Parfois, je tends plutôt l’oreille. Un point d’ouie, ça existe ?
Donc encore des promenades, encore déambuler, et puis cette ville…

D’abord, j’ai dit : – Je la connais par cœur.
Sophie R. m’a répondu : – Justement. On ira ailleurs, on fera un chemin bizarre, pas toujours naturel, des destinations sans touriste. » (…) 

> Cette promenade se passe d’un pont à l’autre, la rive droite, Darwin, le Pont Chaban.

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QUE FONT LES MORTES ?

« La Chartreuse : 25 hectares…
Mon dieu, tout à coup, je me demande combien cela fait de morts en tout sous nos pieds !

Dans le cimetière paisible au milieu de la ville, je vais à la recherche de Flora Tristan.
Suivre le chemin. Les allées. Le nom des rues et les numéros. Les panneaux indicatifs. Pourtant, on s’y perd. Le manque d’habitude, et puis, la façon dont on range les morts, c’est pas commun, dans l’ordre de rien, ni alphabétique, ni d’arrivée, ni divin.

Des immortelles géantes poussent au centre d’une tombe.
Un tombeau-maison a sa porte avec une porte de cabine téléphonique. Au pied, une sorte de paillasson en ciment, gravée dedans la phrase : TOUT EST LÀ.
Il fait chaud. S’asseoir sous l’arbre.
La famille Piston a son caveau : marbre et lettres d’or.
Une autre épitaphe inscrite dans la pierre tombale : ICI, J’ATTENDS.
On aimerait savoir qui a choisi les textes. Les morts eux-mêmes dans la lettre des dernières volontés ? Ou alors, c’est un proche sans inspiration qui lâche au vendeur des pompes funèbres : « Oh, écrivez donc comme pour comme vous… » (…)

> Cette promenade est une visite du cimetière de La Chartreuse, auprès de la tombe de Flora Tristan, puis ensuite jusqu’à la plaque sur une façade du quartier St-Pierre qui évoque la mort de l’écrivaine.

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COMMENT VONT LES FEMMES ?

« Au début, on pense que juste pour ça, voir des voiliers sur un lac en sortant de chez soi ou depuis sa fenêtre, on pourrait habiter ici.
Cette fois, le tramway m’a emmenée loin du centre-ville. Je suis descendue à l’arrêt Quarante-Journaux : autour, nouveau territoire. Les no man’s land marécageux transformés en éco-quartiers.

Juste à côté, les Aubiers, ce qu’on a appelé à une époque : « des quartiers ». On disait « des jeunes de quartier » et c’était péjoratif, on utilise moins ce terme, ou alors on précise « issus de », comme pour atténuer quelque chose, laisser croire qu’il y a un mouvement. Est-ce que, plus tard, on dira « des jeunes issus des éco-quartiers » ?

Au début du chemin, ce que j’ai cru un lampadaire est en fait une sculpture. Inscrit sur la plaque au pied du mât d’acier : LA PAIX. On devrait remplacer tous les monuments à la gloire des belles valeurs et des républiques et des victoires et des grands hommes par des moulins à vent…

Il y a deux lacs : le paysage du lac et la zone commerciale qui s’appelle aussi LE LAC. Quand les bordelais disent qu’ils vont au lac, c’est qu’ils vont dans la zone commerciale, en général chez Ikéa qui se situe là, et Ikéa c’est important dans nos vies, c’est comme ça.

Entre les deux, le Quartier Ginko.
Vide quand on le traverse la journée.
C’est une expérience de promenade creuse.

Ginko, du nom d’un arbre. Je cherche à comprendre pourquoi on plante cet arbre partout, au point d’en faire un quartier, au point d’en graver le dessin de la feuille sur les trottoirs, et je découvre qu’il peut vivre mille ans. Je lis cette phrase : Au japon, le ginko est le seul arbre à avoir résisté à la bombe atomique…

Les paysagistes du 21ème siècle ont tout prévu. L’arbre résistant. Le mât pour la paix. Ici, on organise la fin du monde. » (…)

> Cette promenade traverse Bordeaux jusqu’au Quartier Ginko puis repart jusqu’à la Place de la Victoire dans la bibliothèque de l’université Bordeaux2.

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  • Pour lire l’ensemble des textes : Le livre.

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