Tout bouge au CAPC

Donc je vais au CAPC. Attirée par le propos de la nouvelle expo « Le premier fugueur ».

Mais d’abord dans la nef, il y a les sculptures flottantes de Robert Breer. J’avais retenu des articles que « ça bougeait ». Je balaye du regard les formes dans l’espace, et sans doute comme certains (ou pas, je suis sûre que plein de visiteurs n’ont pas posé LA question) je vais voir la petite gardienne du musée en demandant fort naïvement « ça doit pas bouger normalement ? ».
Et de me répondre avec un sourire : « Mais ça bouge madame… Très lentement, mais ça bouge. »
À partir de là, démarre l’expérience sensitive étrange des sculptures flottantes… Oui, elles bougent. Toutes. Il faut regarder longtemps, attentivement, pour enfin déceler le mouvement. Il est hyper présent pourtant, les sculptures se déplacent comme des créatures silencieuses, inquiétantes. Surtout la nappe noire au sol dont je suis restée persuadée un moment qu’elle ne fonctionnait pas. Mais si, elle rampe, comme une flaque qui glisserait au ras du sol. Ce n’est pas beau, les sculptures en elles-mêmes n’ont aucun intérêt esthétique. Par contre, les sensations sont vraiment incroyables. Vertiges, tout a l’air de bouger ensuite, même les colonnes solides de la nef… On peut se promener au milieu des « mollusques » (c’est l’artiste qui les compare), les barrières au sol sont là pour les empêcher de s’enfuir et non pour empêcher le spectateur de s’approcher.

(je ne dis rien sur Big minis : un billet de 500 francs griffonné par Picasso et 2 petits Duchamp ne suffisent pas à me persuader que les autres œuvres autour ont un intérêt) (par contre, l‘article du Festin est très intéressant)

(par contre sur la partie « Le château », collection du musée, j’ai retenu un grand Boltanski et la série de titres de Tatiana Trouvé)

Et puis mon fugueur attendu… Séduite par l’histoire, m’évoquant ma Rosa Pink, je voulais voir ça. C’est un homme du début du siècle, un bordelais appelé Albert Dadas, considéré comme le premier voyageur pathologique. Il disparaît à l’âge de 26 ans alors qu’il vit et travaille à Bordeaux, pour réapparaître à l’Hôpital Saint-André dans le coin des fous. Nous sommes en 1887, la psychanalyse est balbutiante, on le dit atteint de folie avec fugue, de dromomanie (l’obsession de bouger). Un médecin bordelais, le docteur Tissié en pratiquant l’hypnose, retrace alors ses voyages (jusqu’à Moscou…) et distingue cette pathologie rare, assortie d’amnésie, qui en a fait un voyageur irrépressible.
L’exposition présente le travail d’un jeune artiste suédois, Johan Furåker, qui découvre cette histoire et peint les images de ce qu’Albert Dadas aurait vu. Il est dit que les archives de ce dossier sont conservés à Bordeaux.

Si on ne lit pas l’explication dans le dépliant, si on ne sait pas ce qu’on va voir, je pense que l’ensemble ne présente pas un grand intérêt (si ce n’est de voir des tableaux hyperréalistes). J’ai trouvé que la fascination qu’exerce cette histoire, encore plus celle de l’artiste, ne se ressentait pas vraiment, sauf à la fin sur 2 étagères remplie de petits tableaux. Mais rien que pour m’avoir fait découvrir ce Monsieur Dadas, je remercie  ce jeune artiste !

Après, j’ai poursuivi jusqu’à l’espace Arc-en-rêve, avec l’exposition des frères Bouroullec, bien faite, stimulante, explicative (en toute simplicité). Les cartels écrits de la main des 2 frères font du bien, ils disent même Bonjour aux visiteurs…

Mise à jour juillet 2015 : Lire la version BD de cette histoire