Au sujet de la crise, des moines, des chinois, des écarts, et de Cannes (tout ça à la fois)

Il y avait le monde à sauver… Ça commençait par l’Europe, mais sauver l’Europe revenait à sauver le monde nous expliquait-on à la télé. Donc il fallait un plan de sauvetage, que nous pouvions suivre en direct, façon 24h chrono, avec des super-héros en costume de chefs d’état qui passèrent la longue nuit à nous éviter la ruine.
Trouver des accords : voilà la mission qu’ils avaient acceptée. Certains, qui débattaient des solutions proposées, disaient que ça ne changeait rien, que tout recommencerait, et qu’en plus nous voilà devenus un peu chinois sur les bords… François Baroin, tout suave, nous disait au lendemain de ce suspense économique : « Ce fut un accord au bout de la nuit, mais qui permet de voir le jour… » Je restai sidérée devant tant de poésie politique (qui vient contrebalancer un bien plus pragmatique président qui parle comme au comptoir après un apéro arrosé).

Pendant ce temps-là, je poursuivais ma découverte de la côte d’azur.

Il y avait une île occupée par des moines qui vendaient leur vin un prix certain. Leur lieu de méditation, entouré de mer méditerranée et planté de cactus et d’oliviers, donnait presque envie de basculer dans le silence religieux. En face d’eux, la croisette pleine de yachts et de Jimmy Choe, de dames voilées avec Chanel au bras et de transats à louer pour 500 € la journée (le top du transat, hein, sur le ponton du Martinez), et même du Picasso en carrelage… C’est joli la mer mais le paysage cannois à cet endroit-là flirte gravement avec l’indécence.
Bon, il paraîtrait qu’on est riche de ce qu’on veut : on choisit Moine ou Milliardaire…

Alors le président disait aux grecs : « Va falloir faire des efforts »
Et le président disait aux français : « Va falloir faire des efforts. » « On ne pourra pas tout sauver », il expliquait, « et réjouissez-vous d’avoir déjà des salaires, et la sécu, et la retraite, et l’assurance chômage, mais on ne pourra pas tout sauver vous savez… »

Je me voyais devenir chinoise, grecque, portugaise, et le président me disait : « allemande aussi bientôt, faut converger. »
Pendant ce temps-là, moi, je notais les écarts…
Je lisais ça : la confirmation que les très riches américains (c’est un rapport officiel du bureau du Congrés américain) avaient vu leurs revenus en 30 ans augmenter de 275% tandis que les autres… Bref, lisez, c’est court et précis. Ce qui convergeait ici, c’était les pancartes d’Occupy wall Street et la réalité décrite par l’institution américaine.

J’allais voir une expo d’Art contemporain africain, à la fondation Blachère, à Apt. Me voilà africaine aux entournures en face de Notre hymne, un hymne à la joie fait d’un mélange de paroles d’hymnes nationaux (français, belge, congolais…) chanté par un même homme nu dont l’image est multipliée.
Pendant ce temps-là toujours,
on m’expliquait à la télé que la rigueur était devenue rigoureuse (question : un adjectif fait-il moins peur que le nom commun ?).

Pour finir cette semaine où je m’écartelais et me mondialisais en même temps (ça m’étonne pas que j’ai cette espèce de douleur musculaire dans le dos depuis hier), j’allais voir ce très joli film libanais (projeté par La strada dans la salle des fêtes du village provençal où j’étais revenue). Son titre : Et maintenant on va où ?

 Voilà une question, je pensais, qui mérite d’être posée…

Bleu Picasso
Pancarte unique au monde

Mini-vidéo de Notre Hymne ici

Bande-Annonce de Et maintenant on va où ? ici