Le bulot mystérieux… (2)

Curieusement, le bulot peut nous emmener dans les hautes sphères…
Ce n’est pas parce qu’on est mollusque sur le sable, ou échoué près d’un rocher qu’on n’y a pas droit.
– Ça nous arrive parfois ces trucs-là, d’être échoué près d’un rocher, un rocher qu’on a pu aimer même, mais qu’on n’aime moins, alors on reste là, tout bulot que nous sommes, attendant la vague. Si le mot « échouer » ne vous évoque rien d’autre que l’échec, voici en gros les premières définitions : Toucher le fond et couler, S’arrêter dans un endroit sans l’avoir voulu, S’enliser. Dit comme ça, ça sent effectivement l’échec à plein nez, mais en bon bulot que nous sommes la situation de l’enlisement ou de « toucher le fond » ne nous effraie pas (tant que ça dure pas trop longtemps).
Pour le bulot, s’enliser n’est pas un échec, s’enliser (et le bulot sait de quoi il parle) = prendre le temps de la réaction. Quoi ? Il faut être hyper réactif ? Hyper efficace ? Agir instantanément ?
Non, le bulot n’est pas cet animal ultra-libéral qui ne supporte pas de sombrer, le bulot ne fait pas partie de la bande des winners qui mène le monde à la catastrophe.
Le bulot se gourre, le bulot achoppe, le bulot foire, le bulot sombre…
Ce faisant, il prend des leçons, il attend d’être prêt, il tergiverse, il panique un peu (que sera la vie sans mon rocher ? par exemple), il se laisse dériver de clapotis en clapotis, et il finira par décider de changer de point de vue à un moment donné.

Bref, le propos portait sur les hautes sphères et je vous ai traînés dans les profondeurs abyssales où se trouve le cimetière des épaves… (endroit où le bulot ne va pas jamais, car c’est un coquillage amateur de sable fin, seul peut-être mais sur le sable et toujours près de la lumière).
Reprenons les hautes sphères.
J’ai lu récemment que le mot grec à l’origine du mot mystère est muein qui signifie se fermer… « comme se ferment les yeux, les lèvres, les fleurs, les coquillages » disait le texte. Vous voyez de quelle sorte de fermeture on parle ici… Pas une fermeture définitive (le bulot est un être qui ne renonce jamais), mais une fermeture pudique, érotique oserais-je dire.
Un plissement, un « mystère » grec donc, dans lequel le bulot se drape jusqu’au dévoilement qui viendra quand il voudra (ah oui, le bulot est assez égoïste, il peut avoir tendance à faire comme il veut et même des fois comme il peut).

Toute approche du bulot doit donc se faire avec ce mystère qu’il a en lui…

Prochain épisode : la fantaisie du bulot !
Épisode précédent : le pilote