« L’art de la coquille » ou Comment le bulot survit au milieu des requins…(7)

J’ai évoqué ici à maintes reprises le caractère fragile du Bulot, son goût pour un certain flottement et le repli dans la coquille… Pourtant, il ne faudrait pas que les gens confondent la mollesse et la faiblesse.

Le Bulot déteste assez les hystéries, les cris, les excès et le requin-marteau (espèce pas du tout en voie de disparition qui a la fâcheuse tendance à casser tout ce qu’il touche). D’où la coquille, d’où le repli… C’est une sorte de self-défense.
Mais cet art de la coquille suppose une grande capacité à rester seul avec soi-même. Et le bulot maîtrise ça très bien.
Quand il fait son mollusque (outragé, fatigué, discret, ou juste nonchalant), il trouve dans cette solitude des forces à puiser pour de futures aventures, il a la rêverie créative, il se réjouit de la contemplation du ciel et de ses subtiles variations, il encourage son propre retour au silence.

Car franchement que de bruits font les requins ! Et comme ils s’agitent, comme ils agissent en une chose et son contraire à la fois, comme ils foncent dans des compétitions et des désirs toujours insatisfaits…
Le bulot, un peu perdu dans son for(t) intérieur, tâtonne il est vrai, peut sembler moins glamour ou légèrement empêtré, mais il assume et va tranquille, même un peu chagriné, se refaire une santé dans les tréfonds de son âme.
Et son âme, il l’aime bien malgré tout. Il la soigne, il la dorlote, il la nourrit, il la cajole, il la protège des grandes dents des poissons marteaux qu’il entend hurler, là-bas au loin (oui, le requin-marteau hurle. Un peu comme un loup-garou, d’ailleurs une sorte de parenté mystérieuse les unit, cela viendrait d’un lointain passé commun du temps des dinosaures).

L’ami bulot sait qu’il ne compte qu’en lui-même et quelques frères mollusques échoués avec lui sur la grève.
Pour ce faire, il a le courage de s’isoler du monde à grande vitesse, de s’extraire de la marche frénétique des requins hurleurs (et pas grave si pendant ce temps-là on l’oublie un peu, le bulot n’est pas attiré par les feux artificiels des rampes éphémères).

Le Bulot, roi des mollesses, salue donc bien bas tous ses camarades mollusques pour qui l’art de la solitude est tout sauf une gymnastique forcée de l’esprit, ni même un régime à suivre… L’art de la coquille est notre grande force, soyez-en sûrs !