Ce texte n’est pas léger.

Voilà la mort qui revient dans les discussions, des vies lointaines qui partent et quand même ça nous fait vaciller.

Tout se mélange dans ma tête : le chagrin de ceux qui restent, la douleur, les rêves qui s’arrêtent, sa fin à soi, que sera-t-elle ?, la fin de ceux qu’on aime, encore, à venir, il y en aura tellement des moments tragiques…
Quelle folie quand même que vivre…

Et on cherche à quelle histoire se raccrocher, quelle histoire se raconter ?
Pourtant on se la raconte, jour après jour, on y met de l’enthousiasme même parfois. On se dit qu’on n’a pas le choix, qu’il y a cette absurdité à être (passer de la joie bête et légère, danser et rire, être idiots comme des garnements, et voilà que rien ne va, que la peur revient au grand galop, que tout se brouille).
On avance malgré tout, la tête basse ou haute selon les jours, les heures, comme des mules, avec des paniers chargés, des cailloux qui font trébucher, mais on avance vers un truc qui devient de moins en moins rassurant.

Parfois on oublie tout ça, heureusement.
On prend des armes ou on prend des fous rires, mais on y est, bien, détendus, flottants, indestructibles, persuadés que la vie est belle.
Parfois ça dure plus longtemps, on se chahute avec des petites histoires, on croit qu’on a compris comment faire, on construit des maisons ou des projets, on met son pas devant l’autre, et il y a du soleil ou du feu dans la cheminée, et on se dit « Ouais, c’est bien, tout va bien… ».
Parfois on comprend rien mais on fait semblant. Y’a du sens, on se dit, y’a du sens. On le cherche, et ça nous suffit à vivre. Parfois, c’est très beau. Vraiment très beau. On a la peau qui transpire sur une autre peau, par exemple.

Mais les fantômes se multiplient. Faut faire avec. Avec les fantômes aimés. Avec les rencontres ratées. Avec les vides que laissent les fantômes.
Je sais que ça n’est pas léger comme texte.
La tragédie n’est pas un genre, ni une posture. Elle est toujours là.
On va la prendre sous notre bras en cette fin d’hiver, on ne va pas lui tordre le cou, on va juste la regarder en face et on versera les larmes qu’il faudra.
Je sais que ça n’est pas léger comme texte
, mais ce matin j’ai une pensée pour quelques-uns qui pleurent : en Espagne, en Angleterre.

(ça n’est pas lié à mon frère pour ceux qui s’inquièteraient à cause de l’Espagne)