Deux questions ont été soulevées pendant la semaine : le Bulot ne pouvait-il pas être à Bulot à mi-temps (avec costume de requin l’autre mi-temps) ? Quand le Bulot allait-il passer à autre chose, c’est-à-dire à la lutte ?
Des vraies questions existentielles adressées au Bulot, qui a déjà peine en ce moment à répondre à celles qu’il se pose tout seul comme un grand (car le Bulot s’interroge beaucoup, beaucoup).
Il faut rappeler tout d’abord que le Bulot est un animal angoissé par essence, un animal qui a le doute comme seconde nature, une bestiole un peu chiante car jamais rien ne se déroule pour lui de façon linéaire et évidente. Le bulot n’est pas mou, mais le bulot à cause de cette confiance en lui bien fragile a un rapport compliqué au passage à l’acte. Ce n’est pas l’acte en lui-même qui l’effraie, mais les conséquences de ses actes, les bouleversements, les erreurs possibles… Il a peur de se faire submerger par ses propres actions.
Aussi, en effet, beaucoup de vagues lui passent dessus sans qu’il bronche, jusqu’au jour où…

Et là, une question fondamentale se pose : que devient le Bulot lorsqu’il sort de sa coquille ?
On m’a dit coquille = chrysalide. Le bulot deviendrait papillon ? Ce n’est pas envisageable, une telle métamorphose n’existe pas dans la nature, nous parlons ici de Bulot et non de Frankenstein.
On m’a dit aussi : Le bulot a deux faces= requin le jour, bulot la nuit (je résume)
Alors sommes-nous des sortes de « Bulot Jekyll et Requin Hyde » ?

La réponse n’est pas simple à faire, car effectivement le Bulot n’est pas dépourvu de contradictions.
Ma première réaction de chercheur es-Bulot serait : « Bulot un jour, Bulot toujours ». « Bulot forever » en version américaine. « Bulot hasta la muerte » en version espagnole.
(les chercheurs célèbres sont polyglottes, comme vous pouvez le constater)

Mais en rester là serait éviter le débat…

Le Bulot a des phases où il fonce comme un bélier. Cela a un rapport avec ce passage à l’acte évoqué plus haut.
En vérité, je vous le dis : Le Bulot n’est pas seulement un rêveur béat, ni un être mou dénué de conscience. Ce serait bien mal le connaître que de le croire… Le Bulot fait des choses.
Mais il a peur.
Mais il se pose la question de sa légitimité.
Mais il n’avance pas en écrasant les autres.
Mais il s’englue parfois dans des situations qu’il maîtrise mal.
Mais il est un peu bêta, aussi.
Mais on l’aime bien quand même.

Tout ça pour dire que le Bulot n’est pas un requin. Ce qui ne veut pas dire qu’il n’ouvre jamais sa gueule de Bulot.
Si vous avez l’impression qu’un requin se cache dans un Bulot, ou le contraire, c’est que c’est un Bulot. Un Bulot déguisé, un Bulot qui se leurre, un Bulot qui essaie de jouer avec les mêmes armes que les requins, un Bulot qui a renoncé à être un Bulot parce que cette marginalité était pesante, un Bulot qui préfère faire croire qu’il n’est pas si Bulot que ça (= un Bulot qui fait des compromis), un Bulot qui s’enivre à imiter la vie active et efficace des requins, un Bulot qui préfère la clandestinité… mais ce n’est pas un requin.

Le Bulot ne s’est pas retiré du monde. Il a simplement des périodes où il n’est pas en état de l’affronter, lui et ses requins en tout genre, donc il s’écarte, il se regarde son nombril de Bulot, il pleure ses larmes de crocodile dans la pénombre de sa coquille et il fait les petites choses qu’il sait faire…

C’est là toute la beauté du Bulot, il ne se prend pas pour autre chose que ce qu’il est, un mollusque réjouissant de paradoxes…

La prochaine fois, je vous raconterai ce que donne la rencontre entre un bulot et un dauphin (sorte de killer, hyper beau, hyper intelligent, que tout le monde aime)

 

Rédigé par sophie

Auteure et rédactrice.

(4 commentaires)

  1. Voilà que le bulot se révèle ! Point de requin dissimulé au fond du bulot qui se réveillerait par nuit de pleine lune, point d’identification au requin voire de simulacre. Le bulot est bulot par essence mais qu’elle est cette essence ? La peur ! Peur de beaucoup de choses, mais surtout, peur d’agir car elle le confronte directement à la notion d’échec ! Mais qu’est-ce que l’échec par définition ? On ne parle bien évidemment pas du jeu quoi que son nom se rapporte à son issue, c’est à dire, la défaite. Donc il s’agit de ça, être confronté à la défaite, à l’insuccès. Mais pourquoi l’échec fait-il peur ? Il effraie car il nous confronte également à deux choses évidentes : nos capacités et le regard des autres.

    Nous avons tous des capacités, des compétences voire des talents. Une partie est immanente car elle relève de la prédisposition, c’est à dire ce qui est inné. Une autre partie s’acquiert. Puis une autre et dernière partie se dévoile. Néanmoins, ces 3 parties ne sont pas séparées, elles sont simplement distinctes et dépendent les unes des autres pour former une symbiose : J’ai une capacité qui m’incline à faire une ou des choses, la répétitions de ces choses vont se muer en savoir-faire qui à son tour, par son emploi répété, met en lumière un talent caché. Mais si ce talent est caché, c’est qu’il est par nature inné. La boucle est bouclée et peut ainsi repartir. C’est ce que l’on appelle un cercle vertueux. Et qu’est-ce qui alimente ce cercle ? L’action ! L’action est alors à considérer comme vertu, dixit Aristote ;-) Je peux concevoir que la capacité n’est pas forcément positive, selon son essence, son utilisation peut se révéler perverse, nuisible et mener à l’échec. Mais qui est capable de qualifier quelque chose de bien ou de mal ? Celui qui a expérimenté, le sage, c’est à dire celui ou celle qui a agit toute sa vie et en a rapporté une philo-sophie ;-) Cependant, j’ajouterai aussi que l’action n’est rien sans décision, courage et tempérance. Vertus ô combien réflexives dont seule l’action et ce qui en résultera validera la théorie qui, à son tour, permettra une autre réflexion validée par une autre action et ainsi de suite. Mais alors l’échec n’est pas négatif mais bien positif, il est une expérience qui après réflexion peut s’avérer significativement positive et conduire au succès. Ne faut-il pas connaître l’échec à plusieurs reprises pour atteindre les sommets ? Ainsi donc, toute sa vie durant, l’humain se sculpte à grands coups d’échecs, et les beaux échecs peuvent faire les plus beaux humains, elle est là la réussite !

    Le regard des autres. Pourquoi en avoir peur ? Car leurs regards pointent généralement nos défauts, nos faiblesses et nos échecs. Ils nous renvoient une image négative de notre humanité qui nous conduit à nous déprécier. Mais justement, n’est-ce pas cela qu’ils cherchent ? Montrer ce qu’ils considèrent comme négatif – tout ce qui ne rentre pas dans les codes, les lois, les diktats de notre société – afin de prendre le dessus sur nous comme de vils chiens de meute. Ils tentent ainsi de nous marginaliser, et le pire, à ce que l’on ressente profondément un sentiment d’exclusion. Voilà, ce qui nous fait peur au fond, c’est de se sentir exclu de notre société et de ses codes. À bien regarder notre société actuelle, peut-on considérer qu’elle est saine pour l’humain et ce qu’il entoure ? Permettez moi d’en douter ! Alors, vaut-il mieux rester dans la meute ou prendre du recul et faire son propre chemin ? Car finalement, on peut défricher d’autres voies qui s’avère bien meilleures et les montrer. Mais pour cela, on va devoir essuyer des plâtres, prendre des coups, se perdre, et se dire que l’on échoue… Et pour cela on va devoir agir ! Mais alors, que peut-il bien nous pousser à agir ? Je dirai l’ambition. Comme quoi, elle n’est pas si mauvaise…

    Tout cela pour dire que le bulot est ce qu’il est, c’est ce qui fait son charme ! Mais le bulot, par peur d’échouer dans la vie, reste immobile et laisse sa coquille s’éroder par le flux et reflux de la marée ou des vagues. Sa coquille, même si ce n’est pas la plus belle des coquilles (ah la conche…) n’offre-t-elle pas une très belle base de sculpture !? Pourquoi serait-il affublé d’un pareil appendice calcique si ce n’est pas pour le sculpter ? Agir petit bulot, voilà ce qu’il te reste à faire car tu es tout aussi capable que les autres. Va prendre des coups, va te frotter, va te frictionner à la vie. Va faire de ta coquille un chef d’oeuvre et montrer la voie, ta voie, qui sera peut-être une preuve de plus que les autres se trompent, tu connaitras le succès ! Le bulot doit se transcender ! Lâche prise ! Un beau bulot, en voilà un boulot !

    Ps : Je ne sais pas si c’est un dauphin qui t’écrit ça. Mais regarde de plus près ce qui te fait considérer sa beautée, sa hardiesse et sa brillance. Tu y verras qu’il y a des cicatrices, des plaies, des bosses, des renflements, et pourtant cet ensemble est beau ! Ne s’est-il pas sculpter lui aussi ?! Je pense très certainement que oui… Était-il un bulot lui aussi !? On n’en sait rien… Peut-être le début d’un mythe :-) Tout est possible, seul notre conditionnement et ce qui nous conditionne nous en empêche.

    D’ailleurs, il y a une histoire chinoise très explicite qui amène aussi à réfléchir.
    C’est l’histoire d’un sage qui, un jour, souleva délicatement une poule pour y déposer un un oeuf d’aigle dans son nid. Et, il chuchotta à l’oeuf : « N’oublie pas que tu es un aigle. »
    Je laisse au bulot imaginer la suite…

  2. Nous voilà avec un philosophe du bulot ;-)
    Le bulot ne demeure pas toujours en sa coquille (et là il prend aussi des baffes), il agit et s’en retourne… Se demande pourquoi… Mais ce qui m’intéresse dans la réflexion faite dans ce commentaire, c’est surtout la notion de sculpture de coquille, ça j’aime beaucoup.

  3. Ce bulot me plait, je le comprends totalement. En ce moment, j’essaye de vitaliser ma part de bulot. Mais à la lecture de ton billet, je me pose des questions. Est-ce que je ne lutte pas contre les lois de la nature ?

    1. La lutte est une loi de la nature aussi… Le bulot n’est pas seulement un mollusque impuissant et mollasson. La chronique 13 répond un peu à ta question…https://lexperiencedudesordre.wordpress.com/2012/03/11/13/

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