Le Storytelling en temps de campagne marche à plein. En temps de tragédie aussi.

Il y a donc d’abord cette impression de regarder les infos comme on regarde un épisode de série policière, avec un vocabulaire que l’on maîtrise à présent, qui immédiatement nous emmène du côté de la fiction, de l’imagination teintée d’épouvante : le profil, le mobile, l’hypothétique caméra pour revoir ses crimes, c’est fascinant. Qu’on le veuille ou non, notre culture est faite de ces sortes d’histoires. Et notre cerveau s’aimante à l’info : notre désir de savoir, de connaître la réponse à ce Qui et à ce Pourquoi, d’avoir moins peur quelque part au fond de nous, tout cela est réveillé comme au début d’un film…

Avec le profil du tueur en série, du tueur d’enfants juifs, du tueur fou « au regard froid et sans regret » comme disait la dame à la télé, donc avec cette « psychose » qui s’installe, et le niveau « écarlate » jamais atteint en couleur vigipirate, et la première fois dans l’histoire de France qu’une élection présidentielle s’arrête ponctuellement, tout ça donne de la matière à récit.

Le Storytelling, ce n’est pas  fabriquer les événements, mais c’est les mettre en narration et en émotions quand ils surgissent. Christian Salmon avait basé, dans son livre, l’explication du storytelling sur l’analyse de la campagne électorale de Bush suite au 11 septembre : comment se servir de l’intensité émotionnelle dans laquelle se sent le citoyen pour lui raconter une histoire qui va appuyer là où ça fragilise, là où ça émeut.
Et chacun des politiques dans sa façon de raconter la tragédie de se grandir un peu au passage, de se parer d’un costume de futur chef d’état sauveur et protecteur, au-delà des affrontements politiciens quand la nation est ainsi touchée au coeur…

Que la douleur, la peur, l’empathie, soient réelles, n’empêchera pas que cet événement affreux devienne le début d’un autre conte, je le crains…

Pour approfondir sur le storytelling, il y a aussi cet article de Rue89 avec Christian Salmon en vidéo.

Sur ce que le ministre de l’intérieur raconte au lieu de se taire, lire l’article de Libé.

Rédigé par sophie

Auteure et rédactrice.

(4 commentaires)

    1. Je ne pense pas qu’elles soient trop simplistes… mais ici il s’agit du storytelling qui sert la « manipulation » des esprits… C’est toute la complexité de l’art de raconter des histoires : cela nous transporte, nous enrichit, nous fait réfléchir ou comprendre, découvrir, etc… mais on raconte aussi des histoires pour « endormir les enfants », non ?

  1. Je dois dire que cette histoire de niveau écarlate était absolument absurde. J’ignorais que nous étions en permanence en niveau rouge. Sur la base de quelle critère ? Pourquoi créé en permanence cette atmosphère de peur, d’angoisse, de pire imminent ! C’est usant et abêtissant

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