la couette, le ministre et le plaisir de la rigueur

Image-4 - copie

Encore un peu à traîner au lit – puisque le RDV de ce matin a été annulé et reporté à hier 16h pour finalement se dérouler à 14h30 puisque celui de 14h30 s’est annulé à la dernière minute,  – alors ce matin je tourne un peu sous la couette, j’ai jeté un œil au téléphone – pour savoir quelle température il fait dehors et voir l’heure qu’il est et mettre la radio –
Donc de mon téléphone-thermomètre-réveil-transistor4 sort la voix de Pierre Moscovici.
Précis, technique. S’il a raconté des faussetés économiques, je ne suis pas vraiment capable de réfuter.
J’écoute, je tourne un peu, l’odeur du café, je ferme encore les yeux, y’avait 2° en température affichée, et Pierre parle et Pierre dit : « Je ne souhaite pas que l’Europe s’enfonce dans la délectation morose des politiques d’austérité. Des efforts oui, de l’austérité non. »

 Ah ouais, « délectation morose », carrément.

C’est beau comme expression. Je veux dire : ça sonne beau.
Mais ça évoque un truc tordu, dont on se passerait volontiers : le plaisir à rester dans la tristesse.
En général, quand on est là-dedans, dans le souvenir de, avec le chagrin, et puis morose-morbide, on aime à se refaire encore un peu le souvenir de ce qui fut-ne sera plus-ou ne doit pas être… car être là, en pleine délectation morose, c’est mieux que rien, croit-on, c’est mieux que le vide, veut-on… On fait ce qu’on peut en général, et tant qu’on pense ça, c’est qu’on n’est pas encore cap de penser autre chose. On y est presque… mais.
Je m’égare.
Je tourne sous la couette.

J’imagine une Europe qui s’abandonne, romantique, à une tristesse, presque une jouissance au chagrin…
Et Moscovici, ministre de l’économie et des finances – qui dit moi souvent, qui dit je beaucoup, qui dit plusieurs fois à ma demande, et qui rit avec les journalistes, l’ambiance est détendue ce matin, ça résiste bien à la délectation morose – donc oui, il le prouve, et il refuse cette posture genre mèche noire dans l’œil au bord d’une falaise : « Hélas ma belle europe qui devra te serrer la ceinture… »
Et de conclure telle une preuve irréfutable : « des efforts oui, de l’austérité non ! »
Dans le même genre, il dit aussi : « du sérieux oui, de l’austérité non ! »

Faut que je me lève.

Je crois qu’il me parle.

Je crois qu’il me dit de passer à autre chose, d’abandonner ce goût morbide et délicieux que j’ai à fantasmer sur des objets désirés inaccessibles ou interdits… (si le sujet vous intéresse, allez lire cette superbe définition avec force de latin, de morale chrétienne, d’étymologies variées et de contre-sens possibles qui pourraient nous fâcher avec nos voisins latins)

Je crois que résister à la délectation morose, ça veut dire : « Un chou à la crème oui, des courgettes à tous les repas non ! »

Je crois que ce ministre dit des choses un peu trop grosses pour y croire.

Je crois surtout que les mots et leur usage n’ont pas fini de m’étonner.