OÙ L’ENQUÊTE ME MÈNE (2/2)*

Où l’enquête me mène / épisode 2  « Toute seule je souris, puis d’un air mystérieux et réjoui, j’annonce à mon entourage : « Je vais rencontrer un détective !  » DÉAMBULATION* n°5 suite

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RDV au bar Saint-Aubin, place de la Victoire
Parce qu’il me donne RDV place de la Victoire ! Il n’y a plus l’enseigne, j’ai vérifié. La vie est étonnante, me voilà assise dans un café à attendre un détective. Je ne sais pas à quoi il ressemble, mais faire preuve de perspicacité c’est son métier. Au cas où, j’ai posé un JunkPage sur la table.

Le jeune homme détective arrive. Présentations. Je lui explique mon métier de curieuse et ma déambulation. Il n’y voit rien à redire, le plus curieux des deux, c’est évidemment lui.

Je demande : « Vous avez fait des recherches à mon sujet avant de venir  ? » Il acquiesce avec un sourire espiègle… C’est drôle comme on se sent toujours un peu coupable en face de ceux qui fouillent.
Aller aux Archives ? Non, pas lui, pas souvent, c’est davantage le travail des généalogistes.

Il m’explique qu’il se sert des traces que chacun laisse derrière soi, et beaucoup sur Internet, notre propension à nous épancher auprès des inconnus, de tout ce qu’il trouve et qu’on donne à voir, il ne s’agit pas de secrets mais d’éléments épars, sur des fichiers en accès libre par exemple, qui constituent des indices.

Le plaisir d’observer nous unit. Seulement lui est obligé d’écrire des rapports absolument objectifs, rigoureux, précis. « 16 h 02 : la cible a des gestes intimes avec une femme. » Le détective doit, pour que son témoignage soit valable, se contraindre aux seuls faits.

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Avec une forte empathie pour nos âmes, il nous découvre et se fascine pour qui nous sommes. Quelle passion il a pour supporter les heures lentes de surveillance, la patience jusqu’à la montée d’adrénaline : cette seconde à ne pas rater où enfin la « cible » agit. Comme il entre dans la sphère intime des gens, il estime fondamental d’être formé à la psychologie. La déontologie impose les limites, celles que nécessite la protection des personnes.

Ensuite – parce qu’il doit me trouver un public facile, j’ai presque envie de faire un stage –, il me raconte les rôles, le jeu à jouer pour suivre et disparaître dans la foule, devenir un touriste, un passant, un client, un SDF…

Depuis, je crois le voir partout.

P.S. : Si j’ai confié ici mes maladresses et ce qu’on trouve derrière les portes des Archives, je n’ai pas tout raconté de ma conversation avec le détective privé. On appelle ça le secret professionnel…

Hugo PETIOT / Détective privé et directeur de l’agence Groupe détectives de France, sur Bordeaux, 05 33 51 79 96.