Lundi 24 mars : temps de chien.

Ce matin, j’ai mal à mon côté gauche.
Il ne s’agit pas exactement du coeur, celui-là j’ai appris à mes dépens qu’il était plutôt au centre de nous que véritablement à gauche.
Ce matin, je me réveille dans ma ville presque natale, assommée : on dit « prendre une droite ».

succestumblr_m720n7RomL1qc2nduo1_r1_1280C’est le désir qu’il va s’agir de reconstituer.
Le désir d’aimer son paysage, d’aimer les gens qui y vivent et qui y votent bizarrement, parfois à l’encontre de leurs goûts, souvent à l’aune d’une info floue, souvent sans savoir grand chose, et aussi tous ceux qui s’en foutent et qui en s’en foutant participent à la catastrophe (alors qu’ils se vantent de ne pas vouloir participer) (leur abstention a un effet) (le système c’est nous) (le vote sanction comme l’abstention sanctionne d’abord le citoyen) (l’homme politique apprend à gérer l’échec, c’est inhérent à sa profession, prendre des claques et rebondir, être patient, attendre à nouveau son heure, leur temps à eux n’est pas notre quotidien).
Donc il va falloir retrouver ce « goût des autres ».
De cette ville…

Hier soir, j’ai pensé qu’il était peut-être temps de couper le cordon.
Hier soir, j’ai pensé aussi que les bordelais étaient orgueilleux. Qu’ils aimaient leurs façades classiques, les dorures du palais Rohan, leurs arrangements avec l’Histoire, leur grand stade et leurs grands vignobles, et leur maire parce que grâce à lui nous voilà classés au patrimoine mondial de l’humanité…
Hier soir j’ai pensé que j’avais pris mes rêves pour des réalités et je suis tombée de haut.
Mais hier soir, j’étais abasourdie. Alors j’ai détesté les bordelais.

Ce que j’ai découvert depuis le mois de septembre, quand j’ai commencé à me rapprocher de l’équipe (celle de Vincent Feltesse) adverse au maire (celui qui est là depuis 1994), c’est l’intelligence en politique. En pensée politique, en vision politique.
Pas celle d’un seul homme, non, celle d’une équipe toute entière, celle d’une réflexion nourrie, j’entendais des choses qui regardaient loin et prendre soin et justice social et environnement…
Et je me suis surprise à désirer (à nouveau) la politique.

Hier soir, forcément, quand c’est encore le triomphe du monde d’avant (celui de la tradition, le libéral, l’argent qui va mieux au teint du patrimoine mondial), j’ai trouvé que c’était un dimanche soir bien triste.

J’ai aussi vu les résultats en France.
Pendant ce temps, à Madrid, hier, certains (nombreux) descendaient dans la rue pour réclamer la dignité que leur enlèvent l’austérité économique et la pensée de droite. Ceux qui ne sont pas allés voter ce dimanche auraient pû aller manifester avec eux. Au minimum faire un petit quelque chose.

Et puis, j’ai imaginé Cahuzac et Sarkozy dans un bateau, tous les deux happés par leur chasse aux trésors. Suivis par des Lagarde et des banquiers et des Tapie et des Poutine et des chercheurs de gaz de schiste et des milliardaires bien au-dessus de tout ça et des Hollande pas très fidèles à leurs promesses et aussi tout un tas de bordelais flattés d’avoir leur Juppé et des français qui ont oublié le passé.

Et au milieu du brouhaha et de l’arrogance des vainqueurs et de l’indifférence du monde qui continue à pleuvoir : va y avoir ce désir à retrouver.

enthousiasmetumblr_mhczwr5zcV1qc2nduo1_1280Images empruntées à www.intertitres.org