avec toi je suis une foule.

Mon père est mort ce matin il y a 4 ans.
18 juin. Appel à la résistance.
Ça m’avait fait croire que le destin existe et presque qu’on peut choisir le jour de sa mort.
C’est n’importe quoi évidemment…
La résistance…  Où êtes-vous mes amis ?
Et si nous prenions la locomotive des intermittents pour faire ce train dont on parle tout le temps, ce train qui en a ras-le-bol…
Ah non.
Parce que nous avons tous des choses à faire. La vie quoi.
J’ai écrit sur ma main le numéro de l’avocat qu’il faut appeler si la police vous arrête.
Mais je suis rentrée chez moi tranquillement. Je crois qu’on ne leur fait pas tellement peur.

Je comprends que les combattants se radicalisent.
C’est à cause de l’indifférence aux autres : elle devient insupportable. Cette impression que les choses glissent.
Par exemple, en même temps que tout ça, j’apprends que je vis dans un pays où des gens lynchent des gens.
La presse écrit : un rom a été lynché. Moi j’aurais écrit : un jeune homme a été lynché. Je m’énerve de ça.
Je m’énerve de tout à force.
En ce moment, je dis beaucoup : « c’est compliqué ».

Avec la culture et les arts qu’on est en train de transformer/abîmer, je croyais que tout le monde se sentirait concerné. Les libraires qui défendaient il y a peu leur métier et leur TVA, les artistes-plasticiens qui voient leurs subventions baisser, les auteurs qui galèrent, les chanteurs et les cracheurs de feu, les programmateurs qui n’auront plus rien à programmer, les curateurs qui disent des phrases à la con (« la transversalité de la culture monde… »), les photographes et les musées, les acrobates et les lamas dans les cirques…

J’ai pas envie de faire la morale.
Je monte dans ce train qui se révolte parce que c’est celui dont je me sens le plus proche, celui des intermittents et de la culture. Parce que je les trouve plus gonflés que d’autres.
Alors je viens m’ajouter le plus possible à leur mouvement.

Si mon père est mort le 18 juin, je vais décider que ça n’était pas pour rien.