Y’a de la friture

  Texte 188 ≈ Sortir du vide ≈ journal vrai/faux de Sophie Poirier ≈
« Mais comme il est difficile d’être ce que nous sommes… », ai-je pensé ce matin (…)


« Mais comme il est difficile d’être ce que nous sommes… », ai-je pensé ce matin en écoutant ces oiseaux de corneilles bailler à mon réveil – et ce cri qu’elles ont qui fait penser à la mort qui approche – « …et donc ça va durer comme ça, à se relever à tomber à se relever à tomber, et puis y croire et ensuite douter et revenir au départ. »
Les corbeaux ensuite ont fait silence : ça y est, pour aujourd’hui le message était passé, mauvais augure façon moyen-âge.
J’ai bu du café, belle lumière du matin à travers ma fenêtre, le voisin d’en face a posé des grosses fleurs roses sur son balcon. Au lieu d’une tartine au petit-déjeuner, je grignote des poissons en chocolat.
« J’ai eu de l’enthousiasme, pourtant, à chaque fois que possible… », car je continuais à penser mes trucs sinistres tout en mangeant une tortue chocolat noir, « …mais ça n’est pas fini, allons, voyons, considérons que ça n’est que le début d’une vie intense ! », je sentais revenir la ferveur, « Oui, voilà, au diable la fatalité, quelle importance les ratés, vivons, vivons ! », j’avais chassé tous les présages et la panique parfois à commencer la journée, cette crevette pralinée était délicieuse, je fouillais fiévreusement dans le sachet de cette pêche chocolatée.
« Ah, comme il est difficile de résister à ce que nous sommes… », ai-je pensé en constatant qu’il était vide.

Vite fait bien fait, voilà comment j’avais noyé mes états d’âme.


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