d’une façade un lointain

J’ai pris mon vélo pour aller vers le fleuve, vers le ciel. Je voyais bien depuis chez moi qu’il y avait trop de lumière ce matin, j’en voulais ma part.
Devant cette Garonne, je regarde toujours en premier vers la gauche, vers l’estuaire.
Quand j’avais 17 ans, après une nuit à danser, j’avais embrassé un garçon à cet endroit précis, ou presque. Je m’en souviens très bien, parce que pendant qu’il pelotait ses mains par-ci par là, je regardais la longue façade que forment les immeubles sur les quais, et j’avais trouvé que c’était comme des maisons blanches d’un village grec au bord d’une rive, d’une mer.

Il n’y avait pas les bouées, il n’y avait pas les bateaux, il n’y avait pas les joggeurs, ni les lampadaires roses et verts, il n’y avait pas les barrières, ni les jardins aménagés et ces herbes folles, il n’y avait pas le tram ni les grandes publicités affichées derrière la fontaine sur la place de la Bourse, il n’y avait pas non plus cette grosse banque populaire de l’autre côté. Il n’y avait pas les arbres. Il n’y avait pas ce miroir…

Ce matin, avec le soleil, je vois la même image, du village grec inventé.
Pourtant, les façades étaient grises.
Il me semble que nous avions les pieds ballants au-dessus de l’eau et j’espère que c’est faux, j’espère que nous étions sur un escalier ou un peu écartés, il m’embrassait mais je ne sais même plus qui c’était mais je me souviens du village, de regarder ma ville comme un autre paysage, et peut-être que c’était plus que s’embrasser ce que nous faisions, ici à l’époque les choses interdites se passaient, on dansait jusqu’à l’aube, sur les quais on poussait les portes des boîtes de nuit et parfois ou souvent on ressortait avec des désirs et des garçons, on s’aventurait derrière les grilles, sur les pavés, comme un chemin, les préservatifs jetés et les bouteilles de bière, et appuyée contre un mur on mélangeait quelquefois les envies et les ivresses.
Curieusement, ce matin, c’est ce garçon qui traîne derrière les autres, qui parle fort, qui titube, c’est lui qui ressemble au souvenir. Avec le village blanc au fond.

J’aime bien revoir cette image.
Elle me rappelle aussi comme j’avais envie de partir.
Mais je reste au bord de la Garonne.

Rédigé par sophie

Autrice et rédactrice.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :