Situation : être accueilli quand il fait nuit

Vous avez remarqué ? Le soleil se couche déjà bien plus tôt, et les soirées sont fraîches.

Dans certaines familles, c’est l’heure où pour se réchauffer on joue de la musique, on ouvre le rideau aux spectateurs, et on fait spectacle. Romanès, ils s’appellent. Je ne sais pas combien de générations il y a sur la piste. Quatre c’est certain. Les grands-mères sont assises là, à côté des musiciens, les plus petits sur les genoux ou alors ils viennent par terre sur les tapis, ils ont les yeux qui suivent les numéros : une grande soeur sur un trapèze, un frère torse nu qui fait des tours dans la corde, un jongleur clown sans doute invité… Le père, la mère, après je ne sais pas, des enfants, d’autres frères ou des amis et puis nous.
C’est stupide sûrement, mais ça m’a bouleversée.
Sur mon gradin, là, comme une petite fille sans doute mais pourtant j’ai jamais trop aimé les cirques, je me suis sentie accueillie, recueillie.
Cette famille Romanès*, ils avaient l’air d’être au monde depuis bien plus longtemps que moi, ils avaient quelque chose de l’Histoire que moi je n’ai pas.

Ils avaient aussi cette façon de faire le spectacle à la fois pauvre et étincelant, l’élégance d’une performance acrobatique dans la tenue à paillettes et le collant troué… Chacun veillant sur l’autre, les regards bienveillants ou protecteurs et rieurs.
Quand il fallait applaudir – en fait un peu tout le temps – la famille entière applaudit.
On va passer la soirée chez eux, avec eux. Eux ils ont les bras ouverts. Certains d’entre nous pas toujours.

En + : Pour prolonger la rencontre avec la famille Romanès, l’exposition Bohêmes racontée par Alexandre Romanès (le père) : ici

Donc fin septembre, c’est comme ça ici, ça se rafraîchit et les nuits sont vertes.
C’était un soir de pleine lune, je marchais dans la forêt, les géants et les loups étaient de sortie. Et même pas peur !
Faut dire qu’il y avait du monde sur le chemin. On a retenu les leçons des petits poucets et autres épouvantes, vaut mieux jamais se balader tout seul dans le noir… On était nombreux, et joyeux, en tenue de randonneurs, bien couverts. Déjà, rien que ça, des tas de bordelais en balade nocturne au milieu de la nature pour une sorte d’immense vernissage d’art contemporain d’une exposition qui ne dure qu’une nuit ! Réjouissant.
J’ai vu un géant. Au début, je regardais du haut (belvédère du parc de l’ermitage), ouais je disais, des grandes lumières dans les arbres, ok, bon, et alors… et puis ça bouge, ce sont des pieds, immenses, les pieds du géant. Sa main traverse les arbres par instant et on dirait qu’il ramasse les petits bonhommes qui marchent de l’autre côté du lac. Cinq ans. Les yeux ronds.
J’ai écouté le son d’un Poirier. Plusieurs tranches d’arbres comme autant de vinyles à poser sur le tourne-disque. L’artiste anglais m’a dit à l’écoute des sons étranges : »le Poirier est un peu tragique… » Ça n’est pas faux ;-)
J’ai fait des câlins avec des peluches lumineuses. Régressif. J’adore. J’ai caressé une toile qui montrait des corps nus, en fonction de mes caresses les soupirs n’avaient pas la même intensité. On mélangeait nos mains sur la toile. On entendait les battements d’un coeur dans le casque. J’ai eu une drôle d’impression. Transgressif.
Et aussi le concert silencieux, la machine qui gémit, le loup sur le rocher, les fleurs qui poussent quand on siffle… Une nuit longue et verte, j’vous dis…
Accueillie dans un territoire mal connu (pas très loin, juste en face de bordeaux, mais c’est pas là qu’on va quand on habite ici), j’ai vu des choses que je ne vois pas d’habitude. donc Art. et/ou Culture. Avec Poésie. Oui ? Non ? On s’en fout en fait.
Biennale PanOramas : pour la prem’s, on s’était dit Vivement la prochaine ; pour la deu’z on se dit vivement la prochaine ; et ainsi de suite…

Les pelomorphes de l’artiste bordelais Nicolas Julliard

Cirque Romanès *Apparemment, il y a des collectivités et des gens qui ont aidé pour leur présence à bordeaux, côté rive droite. Spectacle assuré jusqu’en janvier.