Salut c’est CABUT !

Comme ça qu’il commençait toutes ses émissions de radio, alors au lieu de Jean-Christophe, il est devenu son nom. Aujourd’hui, Cabut est connu comme le fondateur de l’Ours marin, seul bar gay annonçant hétéro friendly sur la porte. Pour lui, animateur radio ou créer un lieu, c’est pareil : il s’agit d’organiser un espace où transmettre et se parler. *Portrait écrit pour le magazine Junkpage

Il a derrière lui trente ans de radio dont vingt à Radio France. Ses débuts sur Radio Télé Garonne, avec la première émission gay, Framboise et Citron, il a 17 ans, on est en 1981. Après c’est Cayenne, Tahiti, service militaire oblige, il fait « le stewart sur la navette entre les îles des essais nucléaires » et anime Radio Cocotier ! Revenu, il intègre France Bleu. Entre les deux, son frère Perry, 21 ans, est mort des suites de coups et blessures. Cabut a les yeux bleus, dedans il y a cette tristesse parfois, elle vient beaucoup de là.

Avant l’Ours, il y a donc ce parcours sacrément rempli avec la passion des gens : la radio permettait alors d’aller sur le terrain à la rencontre, en toute liberté. Sa Radioscopie accueillera 6 000 invités en 4 ans, il sera en duo avec Yves Simone, et fera tous ses directs depuis les restaurants ou les marchés, l’été à Arcachon ou au Ferret. Il connaissait tout le monde, tout le monde le connaissait : « Mais on t’oublie vite va… »  

Entre 2002 et 2006, sillonnant la ville à solex ou avec la 304 de 1974 qui surchauffait, le téléphone portable lui permettait de faire l’émission de n’importe où – une fois il a repris l’antenne en plein shampoing chez le coiffeur –. Est-ce de cette habitude de la parole et de l’impro qu’il raconte les blagues comme personne ?

En vrac : il fait représentant du personnel, passe un an à Montréal dans une école de webmaster, revient à la radio, mais les dernières années sont difficiles : « Je suis parti en vrille ». Cabut est séropositif (à la question « on le dit ça ? » il répond « Bien sûr qu’on le dit ! »), un jour il ne peut plus, il ne tient plus. Un long arrêt maladie « avec cette fatigue qui fait chier » et qui ne le lâche jamais tout à fait. En remontant la pente, il crée avec David, son associé, L’Ours marin, qu’il surnomme sa « maison de tolérance ». Il choisit aussi de vivre sur un bateau « avec les aigrettes, les hérons cendrés et les mouettes ». Il aime rejoindre le centre-ville en zodiaque, emmener les copains faire le voyage sur le fleuve – et des copains y’en a un paquet !

À L’Ours, il organise des repas pour les moments où être seul est difficile : les dimanche soirs, le dîner de Noël le 24 au soir, « surtout celui-là », et le 31 décembre. Mama Rose la généreuse fait la cuisine, les générations se mélangent autour des tables, le lieu est fait pour ça. Ici Cabut s’occupe de l’âme, et c’est JP – comme un frère – qui gère le bar.

Évidemment on ne peut pas passer sous silence « l’affaire » contre les dealers du quartier Victor Hugo. Le bar a servi de base à une campagne d’affichage lancée par les riverains et qui menaçait de prendre en photos les trafics. Tollé général : devenus délateurs aux yeux de ceux qui pensent bien mais qui vivent loin, ils sont devenus les méchants. Cabut explique : « Ça faisait 3 ans qu’on discutait, qu’on essayait d’organiser une paix. Rien à faire, la zone sur les trottoirs. Je porte aucun jugement, mais ces mecs-là ne respectent rien, ils se foutent de tout et c’est violent à vivre, à voir, à entendre. On en avait marre de subir, on a réagi à notre façon. Je m’attendais pas ça : on en a pris plein la gueule ! »

C’est le soir du « Parlement pour tous », coupe de champagne levée à l’égalité, on parle ensemble. Cabut a compris tôt que la vie ne ferait pas les cadeaux prévus : depuis, pour lui, le verbe et l’amour et la franchise et les fous rires vont ensemble sans discrimination.

—————————- (portrait écrit pour JUNKpage N°3)

Jean-Christophe CABUT
Jean-Christophe CABUT ©JacquesLePriol