des fleurs dans un parc VS des réfugiés sans eau

J’étais là. Sous le pont Saint-Jean, un de ceux où on ne danse jamais parce qu’il y a la rocade qui passe dessus. En face, une longue pancarte qui annonce : ici bientôt le parc des Angéliques, ici bientôt 120 000 m2 de bureaux, de logements… Euratlantique, partie rive droite de Bordeaux-quiselajoue-métropole.

P1000765Pour l’instant, aujourd’hui, à côté du ici bientôt le parc des Angéliques, il y a un campement de réfugiés sahraouis. J’ai cherché : ce sont des gens qui viennent du Sahara mais qui ont été, au fil des décolonisations et des guerres et des découpages de territoire, placés dans des camps au bord de chez eux. J’ai lu dans la presse qu’un des garçons qui est là, âgé de 26 ans, est né dans un de ces camps.

Je demande l’autorisation à trois hommes : est-ce que je peux entrer ?
L’un répond : oui, c’est chez vous aussi. L’autre fera le signe, pouce en l’air.
Je m’avance le long des tentes : ici aujourd’hui le parc des Queshua.
C’est la première fois que je me marche au milieu d’un campement de réfugiés.
On entre rarement dans des endroits comme ça.

P1000759

Les premières minutes, je suis restée nouée.
Vous voyez à quel point on vit les choses de loin, derrière nos écrans. Je sais que j’ai l’air stupide et niaise avec ma découverte de la réalité, mais je n’avais jamais été là, aussi près d’hommes qu’on chasse.
Et puis cet endroit, c’est un camp. Sans eau.
J’ai horreur des camp.

Pendant que je suis là, il y a une opération humanitaire en cours. Un agriculteur qui amène des cuves vides, les pompiers du Sdis vont remplir les cuves d’eau, des élus de gauche (du département) ont initié ces gestes pour que ça se passe, et puis surtout sont présents des représentants d’associations, ceux qui agissent et qui insistent et qui déplorent souvent nos lenteurs, nos silences, nos indifférences… Ce sont eux les premiers soutiens et les lanceurs « d’à l’aide ».

Les hommes réfugiés sont autant d’individus et d’histoires et de trajectoires. Il ne s’agit pas d’un TOUT.
Pourtant, on les considère soit comme des quotas, soit comme certains le disent : on ne peut pas accueillir TOUTE la misère du monde.

Pourtant, chacun, un être humain.
Lui est né dans un Sahara, très loin, il a quitté cet endroit et il se retrouve chez nous, entre une rocade et une déchetterie, en face de ici bientôt le parc des Angéliques.
L’homme plus âgé sert le thé sur les tapis.
Les gens ont porté des bouteilles et des tentes. Il faut d’autres choses.
L’eau dans les cuves, c’est important. Et c’est rien.
Je parle avec un chef-pompier, il refuse qu’on le prenne en photo : « On est une équipe, on est les invisibles ». Il ne donnera ni son nom ni son visage…
Pour remplir la cuve, un pompier et une pompier et un sarahoui tiennent tous les trois le lourd tuyau de la lance à incendie.

Il n’y a quasiment que des hommes. Pas d’enfant. On sépare. Selon le sexe et l’âge, on ne vous prend pas en charge de la même façon. Alors on trie, on organise TOUTE la misère du monde en catégories.

Je me demande comment on survit dans un camp… À quoi on pense chaque matin ? Quel regard on pose sur les gens qu’on est nous ? Quels rêves on fait à la tombée de la nuit ? Est-ce que les peurs restent collés longtemps aux peaux ?

Mon sourire est maladroit. Je le fais quand même. Je ne connais rien de l’endroit où ils vivaient. Eux, ils savaient sûrement pour La France, où c’était, ils croyaient un abri.
Un réfugié, c’est quelqu’un qui fuit et qui cherche un endroit sûr.
On dit un demandeur d’asile, mise à distance. On devrait dire : un survivant, un rescapé.
Un rescapé, c’est une personne qui, pour ne plus avoir une vie de misère/peur/faim/, cherche un refuge.
Ici, il ne l’a pas trouvé tout à fait.
Pourtant : ici bientôt le Parc des Angéliques.

P1000766


Si on s’en occupe un peu, ça les aide :
Sur facebook : comité de soutien aux demandeurs d’asile sahraouis / Liste des besoins.

Pétition à signer > Adressée à Monsieur Pierre DARTOUT Préfet de la région Aquitaine Préfet de Gironde : Mettre en œuvre sans délai toutes mesures permettant aux demandeurs d’asile sahraouis de vivre dignement le temps que durera leur procédure de demande, conformément au droit en vigueur.

Lire l’article dans Rue89Bordeaux

Le résumé de l’action de samedi > De l’eau au camp des Sahraouis de Bordeaux : Action humanitaire d’urgence et chaîne de solidarité humaine vitale.
Cet après-midi, Jean-Luc Gleyze, soutenu par Emmanuelle Ajon et Naïma Charaï, a mobilisé les énergies du Département de la Gironde, du Conseil Interprofessionnel des Vins de Bordeaux (CIVB), du Service Départemental d’Incendie et de Secours de la Gironde (SDIS), de la Lyonnaise des Eaux et d’un viticulteur de Tresses pour mettre en place deux cuves de 1 000 litres d’eau dans le camp, qui en était jusqu’ici dépourvu.
Avec le soutien et la présence de : Réseau Éducation Sans Frontière, Ligue des droits de l’homme, Fondation Abbé Pierre, A.S.T.I Association Solidarité avec les Travailleurs Immigrés, Médecin du Monde.