Vous vous rendez compte qu’on est en train de tomber ?

Y’a du danger. Ça penche pas du bon côté la vie du monde.
Au réveil, à moitié, j’entends cette phrase à la radio : « Si je vais en prison, je n’emmènerai pas de livres. »
C’est un écrivain italien qui parle. Erri de Luca. Avec sa parole de saboteur. On n’est pas en Iran, ni en Corée du Nord, c’est l’Italie qui veut le punir.

Cette phrase.
J’avais les yeux pas trop ouverts encore. Je déjeune tout à l’heure avec Dominique Sigaud, alors ça tourne un peu dans ma tête, parce qu’elle n’écrit pas dans la dentelle, et puis la guerre en tout genre, elle en revient d’une certaine façon, alors c’est un lundi particulier dans ma vie ; donc à moitié réveillée, avec la radio qui parle à mon oreille, je réfléchis à mille phrases et j’entends cet écrivain, celui de La parole contraire : « Si je vais en prison, je n’emmène pas de livres… »
Et j’ouvre vraiment les yeux, et je me dis : Vraiment, ça penche trop du mauvais côté… et jusqu’à ce qu’on tombe, ça va être moche, de plus en plus moche.

Et puis d’autres choses : on bombarde les hôpitaux, on censure les journalistes, on construit des immeubles avec des volumes capables pour adapter à la vie des gens avec les familles qui s’agrandissent et en même temps, sur le même trottoir quasiment, on expulse des gens réfugiés.


On les expulse de quoi ? d’un terrain vague à côté d’une bretelle d’autoroute… à quoi ça peut servir d’autre un terrain vague hein ? À part faire île, de temps en temps, île pauvre mais refuge, un temps, se reposer, qu’est-ce que ça peut bien leur foutre qu’il y ait des tentes sur le terrain vague avec tous les hectares qu’ils ont déjà envahis de logements et de bureaux et de services et de terrasses avec vue sur la marina boueuse parce que la Garonne franchement elle aura jamais la gueule d’une marina… –

Bref.
Je sais, ça n’est pas un texte de lundi joyeux, mais ça penche pas du bon côté : fait réel.