Le gris du rêve

Bassin à flot – bordeaux – 10 décembre 2011

Peut-être que vous connaissez moins ce bordeaux-là… Celui des ciels gris, celui du Bassin à flots avec sa base sous-marine imposante, avec ses bateaux qui se réparent (où vont-ils après ? Vers quelles mers ?), avec ses autres bateaux sur lesquels on danse aussi, et puis pas loin il y a le FRAC, le Festin, La Fabrique POLA… C’est un drôle d’endroit, où demeurent quelques grues d’une activité portuaire qui nourrit les fantasmes des (jeunes) bordelais, un endroit qui raconte des histoires plus rudes, un endroit qui va bien avec les ciels gris.
Je ne sais pas pourquoi, mais ici j’ai l’impression que les bateaux ne partent jamais ailleurs, qu’ils sont comme moi quelquefois quand j’ai des rêves de voyage, seulement des rêves.

Aperçu de la base sous-marine

Petite, mon père nous emmenait dans la base sous-marine. À l’époque, ça n’était pas recommandé, ça ne faisait pas partie du patrimoine, ça n’était pas arrangé et éclairé. L’atmosphère froide, la noirceur du béton armé, c’était se promener dans la « guerre ». Je prenais ma dose de tragique, je pensais aux soldats et aux morts, j’imaginais la vie quotidienne avec les allemands, la peur, l’épouvantable peur de la guerre. En marchant là, je me sentais leur camarade. Mon père faisait des photos bizarres à l’argentique, on espérait secrètement trouver un trésor, peut-être un squelette, mais c’était dangereux de s’enfoncer trop alors on jouait au bord avec mon frère.

Dans le ventre de la base sous-marine

Aujourd’hui, à l’intérieur de la base, il y a des visiteurs, la lumière rouge, le musée qui est le plus intéressant de Bordeaux. On n’y raconte pas la guerre, ce n’est pas un lieu de commémoration, au contraire. À chaque fois, j’y vois des expositions bien faites, pas prétentieuses, sans théorie ni bla-bla, la scénographie est judicieuse. De la photo, des plasticiens, des peintres… On y entre sans payer, la culture (ou l’art) (je ne sais plus bien ce qu’il faut dire) ici est accueillie parfaitement. J’aime bien cette fin de l’histoire, que le terrain de jeu qui m’inspirait des imaginations soit devenu un bel endroit qui continue de stimuler mon esprit.

Mais voilà, ce passionnant musée municipal n’a pas droit à beaucoup de visibilité. Pas de site, sur celui de la mairie, ben, allez-y, vous comprendrez… « lieu accueillant des expositions temporaires » : ça fait court non pour mon endroit préféré ?

Retrouvez-les ici quand même.