Lire des sondages…

Donc je vis dans un pays comme ça : un sondage qui dure raconte qu’au premier tour c’est MLP, le FN – F Haine, on l’écrivait sur les murs, je me souviens une nuit, à Gradignan, on avait jeté des bombes de peintures sur leurs affiches -.
Il semblerait que peu à peu, au pays des, les Lumières baissent en intensité.

Le sondage diffuse : ça pourrait être elle. On veut pas le croire.
Je ferme les yeux.
Le Fhaine au pouvoir. Avec l’état d’urgence sous sa main.
On supprimera, on quittera, on aura des frontières entre les pays et des murs entre les gens, dit-elle.
Et les sondages s’accordent : Oui, oui, constatez, les gens sont majoritairement d’accord pour essayer les murs et les frontières.
Le débat : elle exagère tout, elle délire. Pendant ce temps, deux journalistes surveillent les temps de parole, les temps de parole plus importants à contrôler que la vérité.
Elle a des couilles, pensent certains devant la télé, elle débat au milieu des hommes. Et une femme avec des couilles, c’est toujours mieux qu’une femme, n’est-ce-pas…
Je m’emporte, mais je ne fais pas beaucoup de bruit ici, alors quelle importance.

Ce matin, le sondage annonce qu’il passe en prem’s.
Je jette un œil : Macron. Le mot qui vient : fâlot.
Déjà fou, déjà paon, il s’invente une puissance, se laisse remplir, et des gens le veulent pour ça, parce qu’il est comme une machine qui grossit au fur et à mesure qu’elle prend la lumière. Il aime grossir : remplissez-le de bulletins ou d’argent, il aime, il va grossir encore, devenir roi-soleil, ultime.
Je ne comprends pas du tout comment autant de gens peuvent le vouloir ou le croire.
D’un autre œil, je regarde ceux du PS qui font des primaires et qui préfèrent le Macron de La Fontaine, grenouille enfle, renard flatte, rien en change.
Je me fais des promesses : je n’irai plus voter aux primaires, je ne sauverai pas à tout prix la république, je voterai avec du désir et pas du moins pire.
Je me déculpabilise : je ne suis pas superman, je n’ai pas la responsabilité des autres, je ne joue pas à éteindre la lumière.
Je m’accroche : est-ce que voter contre des sondages, c’est défendre ses idées ?

Derrière eux, en troisième position : Fillon et sa femme, Fillon et ses costumes, Fillon et ses convictions-traditions, Fillon sauvé momentanément par les intégristes catholiques, alleluïa, Fillon aussi la grenouille enfleuse, roi-soleil roi-soleil roi-soleil, à se le répéter devant le miroir le matin, persuadé d’être au cœur d’une manipulation-machination, série Z, roman de gare, lui aussi déjà fou.

Ils s’hallucinent en présidents. Ils nous ignorent.

Tentation moi aussi : d’aveugle et sourd. Ça me sature.
Clignement. Un peu de désir au milieu de tout ce qui m’afflige : une intelligence que j’entends, une perspective ouverte, à l’Autre, avec des justices sociales et des équités à remettre au goût du jour. Je vais aller vers lui.
Le désir comme la seule force qui reste.
Et si on se retrouve dans le noir complet ?
Le désir, même un peu, ça nous sera de toute façon plus utile que des grenouilles ventrues qui se montrent en spectacle devant des bœufs impassibles…


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