DU VENT DANS LES HERBES ET LE CIEL (2/2)*

Suite de la DÉAMBULATION* Junkpage n°4
Du laboratoire je passe à l’observatoire

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©jacquesLepriol

Du laboratoire je passe à l’observatoire
C’est une autre soirée, toujours la rive droite, mais vers Floirac, dans les hauteurs. Monsieur Villenave, directeur du lieu, est rentré de Shangaï, il me reçoit dans son bureau. Pour arriver jusqu’à lui, j’ai avancé dans un paysage hallucinant. Je m’en frotte presque les yeux.

Toute seule sur un chemin qui monte au milieu des hautes herbes, je vois apparaître un à un les dômes des coupoles d’observation. C’est un espace désert, avec ces toits arrondis qui dépassent d’une vaste prairie, un énorme radar se dresse sur ma droite, d’autres coupoles, j’ai l’air d’un David Vincent perdu, ou alors de m’être égarée dans les décors d’un film d’espionnage des années 50. J’en suis là de mes pensées quand j’arrive devant une maison : il est écrit 007 sur la porte où je dois entrer, ça me fait rire.

Je lui dis tout ça, et même pour 007, que ça m’a fait marrer quand même, et puis que cet endroit vraiment
Il rit avec moi et la visite commence. La maison dans laquelle nous sommes a un toit qui s’ouvre, littéralement en deux grâce à un système de roulements, pour permettre au grand télescope méridien, machine ancienne à laquelle est greffée aujourd’hui un système informatique, de sortir son nez long et pointu vers le ciel. Ça commence fort.

 On continue dehors, de coupoles en coupoles – par exemple, la table équatoriale mise en service dans les années 50 de laquelle on observe les planètes -, on parle de ciels et de mesures, de photographies sur des plaques de verre, de champs magnétiques et de s’affranchir des nuages. Il m’explique le radar, qui date de la seconde guerre mondiale, et qui peut se piloter depuis Internet, et alors on le voit bouger au milieu du champs.

Vous observez quoi ? Ben oui, j’ose poser la question, je suis assez nulle en trucs intersidéraux.

« On cherche à répondre à : Qu’est-ce qu’il y a dans l’espace ? Quels mouvements font les molécules de l’espace ? Pourquoi il y a des comètes ? Et pourquoi l’univers est en constante expansion ? »

Pendant qu’il me raconte, on marche à travers le vaste territoire. Un chevreuil surgit de derrière les herbes. Mon directeur est content, il vient juste d’évoquer le troupeau de biches (qui vit là, et la preuve vivante fait des bonds devant nous !
D’autres petites maisons sont cachées, ce sont celles des astronomes qui habitent sur place, avec des astreintes pour effectuer les mesures à la tombée de la nuit. Ils veillent. Il y a aussi un édifice, avec une bibliothèque, qui accueille des étudiants pendant la journée. Mon guide me fait remarquer les ornements gravés dans la pierre sur la façade. Je reconnais un scorpion.
« C’est ça. L’architecte a confondu l’astrologie et l’astronomie… Alors nous avons de beaux signes zodiacaux pour décorer le temple de la science ! Ça ajoute à l’ambiance Tintin et Milou ! » Il a raison. Malgré l’absolue modernité du travail effectué ici, à cette heure tranquille, la pelouse pas tondue, ces formes et ces architectures étranges, on croirait être dans une fiction.

Comme il comprend que je suis davantage attirée par les histoires que par les calculs scientifiques, il me montre un drôle d’endroit au milieu d’un gros buisson d’arbre : quelques marches et une stèle vidée de ce qu’elle devait accueillir. On ne sait pas ce qu’il y avait ici, cachée derrière les arbres, il n’y a pas de plaque. J’ai toujours pensé que l’imagination était nécessaire aux chercheurs…

Malheureusement, j’apprends que ce site incroyable est en danger, on peut dire ça comme ça. L’état vend, les astronomes et leurs observations seront rapatriées sur le campus de Bordeaux 1, et selon qui achètera le terrain, il perdra tout son sens – et son charme – ou deviendra un beau lieu de sciences et d’arts…
Avant de partir, alors qu’on évoque encore la galaxie infinie, je demande : « Mais ça ne vous donne pas le vertige ? »

©JacquesLepriol

 Nous nous saluons, je reprends seule mon chemin perdu. Juste devant le portail, un jeune chevreuil traverse devant moi, s’arrête et me regarde, puis s’échappe.

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Je lève la tête vers le ciel, il a l’air immense d’ici, alors je repense au géant, aux herbes hautes, au vent qui balaye. Finalement, je n’ai pas vu beaucoup d’étoiles, mais cette déambulation m’a emmenée bien plus loin que je ne pensais.

(Merci à Olivier C. et Mr Villenave pour m’avoir accueillie « chez eux »)

(épisode précédent : la soirée avec Olivier Crouzel, doux géant au milieu des herbes)

©JacquesLepriol
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©JacquesLepriol

L’Observatoire de Floirac est fermé au public sauf sur RDV et événements.
À noter : Journées portes ouvertes à l’Observatoire de Floirac le 29 septembre 2013 !

Pour une visite virtuelle :  rubrique Site de Floirac

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